Since 1977

Since 1977, I have written more than 300 000 kilometers of words, that is to say put end to end, one way trip from Earth to the Moon. Or a second to light for this trip. A second light words in 30 years, some 3 billion signs.

Monday, January 25, 2021

La collection « Les Enfants du monde » de Dominique Darbois

 Au début des années 1950, la maison d’édition Nathan, cherchant à concurrencer Flammarion-Père Castor, se lance dans la publication d’une collection à destination des enfants de 6 à 10 ans. Cette collection, « Enfants du monde », consiste en une série de 20 volumes racontant la journée ou la semaine d’un enfant à différents lieux de la planète. Il s’agit de documentaires-fictions réalisés à partir de photo-montages dont les photographies sont dues à l’ingéniosité de Dominique Darbois. Cet article se propose de montrer que cette série est une « série-géographe » qui, en s’appuyant sur une interdépendance entre texte et images, participe de la connaissance du monde et développe une « pensée spatiale » chez l’enfant-lecteur.

La collection « Les Enfants du monde » de la maison d’édition Nathan n’a suscité jusqu’ici que très peu d’intérêt pour les chercheurs. Je n’ai trouvé à ce jour que trois références notoires : d’une part celles de deux bibliothécaires ou documentalistes s’intéressant aux fonds patrimoniaux et à une collection dite « historique » dans la mesure où elle a disparu des rayonnages des bibliothèques, jugée sans doute vieillotte et obsolète, avec d’abord le chapitre d’Elisabeth Lortic en 2001 dans Flash sur les livres de photographies pour enfants des années 1920 à nos jours, puis l’article de Frédérique Lemarchant en 2015 dans la revue en ligne Strenae ; d’autre part celle de Catherine de Smet, historienne de l’art, qui, en 2013, s’est intéressé au design des pages de la collection dans un article de son recueil Pour une critique du design graphique : dix-huit essais, aux éditions B42.

2Dès son origine, cette collection se place en concurrente de la collection « Les Enfants de la Terre » du Père Castor, débutée en 1948 avec un album de Paul-Emile Victor et Paul Faucher, Apoutsiak le petit esquimau. Ces deux collections d’albums-documentaires dans lesquels fiction et informations scientifiques, géographiques et sociales s’entremêlent ont indéniablement fourni une ouverture sur le monde à quelques générations d’enfants lecteurs, bibliophiles et/ou écoliers.

  Pour ma part, c’est d’abord à partir d’un long travail sur la collection « Les Enfants de la Terre » du Père Castor que mon regard de géographe s’est porté sur la collection concurrente « Les Enfants du monde ». Ces deux collections d’albums-documentaires dans lesquels fiction et informations scientifiques, géographiques et sociales s’entremêlent ont indéniablement fourni une ouverture sur le monde à quelques générations d’enfants lecteurs, bibliophiles et/ou écoliers.

         Je viens de parler de collections concurrentes. Prenons, par exemple, le premier volume de la collection « Les Enfants du monde », Parana le petit Indien. Il paraît aux éditions Fernand Nathan en 1952 au même moment où sort chez Flammarion/Père Castor, Mangazou, le pygmée, troisième volume de la collection « Les Enfants de la Terre », lancée par Paul Faucher en 1948. Comparons les deux ouvrages.

         Mangazou raconte la vie d’un enfant pygmée Babinga vivant une vie de nomade dans la forêt équatoriale de la République du Congo (Congo-Brazzaville). Le récit fictionnel rédigé par Jean-Michel Guilcher, auteur maison du Père Castor mais aussi ethnologue, s’appuie sur les rapports d’expédition menée par Raoul Hartweg en 1946 au Congo-Brazza, chez les Babingas, et qui donnera lieu à un livre, La Vie secrète des pygmées, en 1961. Les illustrations sont confiées à Jean Cana, un illustrateur-maison du Père Castor.



  Parana est le récit d’une journée dans la vie d’un enfant wayana, indien d’Amazonie vivant sur le territoire de la Guyane française. Il s’appuie quant à lui sur le récit et les images rapportés par les deux membres de l’expédition « Guyane Tumuc-Humac », l’ethnologue Francis Mazière et la photographe Dominique Darbois, entre 1951 et 1952.

         D’emblée, la ligne éditoriale semble la même : c’est celle de fournir un ouvrage sérieusement et scientifiquement documenté à de jeunes lecteurs de 7-12 ans, cousu autour d’un récit dont le héros est un enfant. Les deux objets sont eux très concurrentiels.  Le volume de la collection « Les Enfants de la Terre » est au format à l’italienne, broché, comportant 32 pages couleurs. Sa taille est de 27cm de long pour 21cm de large.  En 1952, le volume vaut 380 Frs.

         Le volume de la collection « Les Enfants du monde » est, lui, au format à la française, cartonné, comportant 40 pages couleurs. Sa taille est de 27cm de hauteur pour 22cm de large. En 1952, l’ouvrage vaut 800 Frs, c’est-à-dire deux fois plus cher qu’un Grand Album de chez Hachette (480 Frs). Si les deux ouvrages visent des lecteurs de 7 à 12 ans, ces lecteurs ne correspondent pas aux mêmes catégories socio-professionnelles !

         Ces deux collections rivales sur le fond mais peu sur la forme donc proposent une nouvelle approche de la connaissance du monde pour les enfants français, c’est un axe que j’aimerais d’une part interroger dans cette communication. D’autre part, l’originalité des « Enfants du monde » repose sur la part belle faite à la photographie pour dire de l’espace et de la spatialité. Ce sera le second axe que j’interrogerai en montrant que cette collection s’inscrit sans doute davantage dans le reportage ethnographique que dans le mouvement de la photographie humaniste. Ce sont trois regards qui sont proposés aux enfants : celui de l’ethnographe, celui du photographe et celui du géographe.


 et plus particulièrement dans celui de la géocritique (B. Westphal, 2007).

6Il s’agira donc de montrer que cette collection porte sur le monde qu’elle entend faire partager au jeune public auquel elle est destinée trois regards : l’un ethnographique ou anthropologique, s’intéressant aux habitants, l’autre géoscopique, s’intéressant aux représentations de l’espace habité, et un dernier géographique, s’intéressant aux liens que l’habitant entretient avec son espace. Ces trois regards constitueront les trois parties de cet article.

L’œil ethnographique


Les 20 volumes de la collection ont tous été réalisés par Dominique Darbois, sorte d’aventurière du XXe siècle, idéaliste et engagée. La collection résume, en quelque sorte, ce qu’était Dominique Darbois, décédée en 2014. Voici d’ailleurs ce que Claire Guillot, journaliste au Monde, écrivait le jour de sa disparition : « La photographe Dominique Darbois, résistante et grande voyageuse, est morte le 7 septembre, à 89 ans, après une vie mouvementée, faite de voyages et d’engagements. Elle naît Dominique Sabret-Stern, le 5 avril 1925, dans une famille juive aisée – elle est la fille de Philippe Stern, grand spécialiste des arts asiatiques, et de la romancière Madeleine Sabine. Elle entre dans la résistance dès l’âge de 16 ans. Arrêtée en 1942 par la Gestapo, elle est enfermée à Drancy pendant deux ans, puis elle participe à la libération de Paris.

8En 1945, elle prend le pseudonyme de Dominique Darbois et ment sur son âge, afin de paraître assez âgée pour pouvoir s’engager dans l’armée régulière. Elle devient alors opérateur radio sur le Front de l’Est. Elle poursuit ensuite avec l’Indochine et le Tonkin, comme sous-lieutenant, et en reviendra décorée. Lorsqu’elle rentre finalement en France, elle devient l’assistante du photographe Pierre Jahan, auprès duquel elle apprend le métier. Elle voyage en Guyane et en Amazonie, d’où elle rapportera plusieurs livres, avant de photographier l’enfance dans le monde entier pour une série de livres à succès publiés aux éditions Nathan. Anticolonialiste convaincue, elle s’est aussi engagée dans la guerre d’Algérie au sein du réseau Francis Jeanson, publiant un livre interdit en France, Les Algériens en guerre, reportage sur la vie des maquis et des camps d’entraînement des soldats du FLN » (Guillot, 2014, n.p.).


Dominique Darbois est née dans une famille d’intellectuels bourgeois. Son père fut conservateur du Musée Guimet à Paris entre 1929 et 1965. Entre 1946 et 1983, Dominique Darbois parcourt une soixantaine de pays pour couvrir un certain nombre de reportages, que ce soit au Togo, en Côte-d’Ivoire, en Russie, en Chine ou au Bénin, parfois dans des conditions politiques difficiles. La Seconde Guerre mondiale et, plus sûrement, les guerres, vont marquer pour Dominique Darbois son engagement pour la cause enfantine et la cause plus généralement humaine. Ainsi, rescapée de la Gestapo, considère-t-elle vivre du « rab ». Elle déclare à Pierre Amrouche dans Terres d’enfants : « Toute la gravité de mon métier réside dans le pouvoir de transformer, de transmuer la réalité du passé et du présent, et d’avoir aussi la puissance d’influer sur le futur » (Amrouche, 2004, p. 8). Un peu plus loin, elle continue ainsi : « La photographie permet de faire reculer l’intolérance en élargissant le champ de vision dans le sens d’une meilleure compréhension d’autrui, en faisant reculer l’ombre au profit de la lumière » (Amrouche, op. cit., p. 8).

10Pour le dire tout autrement, c’est à la fonction perlocutoire de l’album-documentaire que Dominique Darbois veut faire référence ici, cette fonction même qui, d’après John Austin (1970) pousserait le récepteur à agir. La lecture d’une série comme « Enfants du monde » aurait pour effet de nourrir le capital culturel spatial et social de l’enfant-lecteur, futur citoyen-acteur du monde dont l’action serait influencée par un effet anamnestique de ses lectures passées. Ainsi les intentionnalités des auteurs referaient surface tout au long de la vie du lecteur. Cette intentionnalité, Dominique Darbois l’exprime encore devant Pierre Amrouche : « Ayant très amochée par le racisme, j’ai voulu montrer que les enfants étaient tous les mêmes. Le fil de ma vie de photographe a été de montrer la beauté des gens qu’on aime. La dignité d’une femme africaine, le regard d’un petit Chinois. Tout pour témoigner du respect de l’être humain » (Amrouche, op. cit., p. 9).

11Après le premier volume de la collection, les dix-neuf autres titres seront réalisés par Dominique Darbois à la fois pour les textes et les images. La collection va faire voyager le jeune lecteur fidèle à travers vingt pays et quatre continents (image 2). Comme le montre le tableau ci-dessous (tableau 1), le continent européen comme le continent américain y sont très présents (6 albums pour chacun de ces continents). L’Afrique est le continent le moins représenté avec seulement trois albums. Cette sous-représentation a un effet non recherché par Dominique Darbois, celui du stéréotype. Chacun des albums aborde un mode d’habiter assez particulier semblant valoir pour l’intégralité du continent africain : le nomadisme avec Hassan l’enfant du désert, l’urbain avec Faouzi le petit Égyptien et la ruralité avec Agossou le petit Africain.

 Tableau 1 – Détail de la collection « Les Enfants du Monde » (source : Christophe Meunier)


Image 2 – Carte de la couverture des volumes de la collection « Les Enfants du Monde »

Image 2 – Carte de la couverture des volumes de la collection « Les Enfants du Monde »


1951, english 1952Elle KariElle KariElly JannesAnna Riwkin-Brick1956, english 1958Noriko-San: girl of JapanEva möter Noriko-sanAstrid LindgrenAnna Riwkin-Brick1958, english 1959Sia lives on KilimanjaroSia bor på KilimandjaroAstrid LindgrenAnna Riwkin-Brick1959, english 1959My Swedish CousinsMina svenska kusinerAstrid LindgrenAnna Riwkin-Brick1960, english 1961Lilibet, circus childLilibet, cirkusbarnAstrid LindgrenAnna Riwkin-Brick1961, english 1961Mokihana lives in HawaiiMokihana bor på HawaiiEugénie SöderbergAnna Riwkin-Brick1962, english 1963Marko lives in YugoslaviaMarko bor i JugoslavienAstrid LindgrenAnna Riwkin-Brick1963, english 1964Dirk lives in HollandJackie bor i HollandAstrid LindgrenAnna Riwkin-Brick1964, english 1964Eli lives in IsraelEli bor i IsraelLeah GoldbergAnna Riwkin-Brick1965, english 1965Randi lives in NorwayRandi bor i NorgeAstrid LindgrenAnna Riwkin-Brick1966, english 1967Noy lives in ThailandNoy bor i ThailandAstrid LindgrenAnna Riwkin-Brick1967, english 1968Gennet lives in EthiopiaGennet bor i EtiopienVera ForsbergAnna Riwkin-Brick1968, english 1968Matti lives in FinlandMatti bor i FinlandAstrid LindgrenAnna Riwkin-Brick1969, english 1970Miriam lives in a KibbutzMiriam bor i en kibbutzCordelia EdvardsonAnna Riwkin-Brick1970, english 1971Salima lives in KashmirSalima bor i KashmirVera ForsbergAnna Riwkin-Brick
 de page












Wednesday, May 20, 2020

Guerre d'Espagne: les soldats «marocains» de Franco

Guerre d'Espagne: les  soldats «marocains» de Franco !


Il a fallu attendre 1965 pour que la loi fasse entrer dans le budget espagnol cette page peu glorieuse de l'histoire espagnole. Ce texte rend en partie (très faiblement) justice aux hommes (voire parfois aux enfants) recrutés par les putschistes espagnols pour combattre la République en 1936. 

Lorsque le général Franco fait son putsch, il est en Afrique, dans les colonies que l'Espagne possède en terre marocaine. Il manque d'hommes et de moyens pour se lancer à la conquête de l'Espagne. Il va donc enrôler des habitants du Rif, la région occupée par l'Espagne.

Plus de 60.000 soldats venus du Rif 
Ce sont ces hommes encadrés par des officiers espagnols qui vont être envoyés sur le sol espagnol dès juillet 1936, grâce notamment aux moyens aériens fournis par Hitler et Mussolini. «Les historiens sont d’accord pour affirmer que Franco n’aurait jamais réussi à instaurer sa dictature s’il n’avait pas reçu un coup de main précieux des «moros», pour écraser les «rouges» et autres républicains. Les troupes marocaines ont non seulement été utilisées comme chair à canon, mais aussi comme une arme psychologique contre les Espagnols qui refusaient de faire allégeance à l’armée de Franco», témoigne Mhamed Lachkar, le petit-fils d'un de ces hommes.




Combien étaient-ils à quitter leur Maroc natal pour aller combattre la République? «Tout ce dont les historiens sont relativement sûrs aujourd’hui, c’est que près de 62.000 Marocains (certains historiens parlent de 180.000, voire de 800.000) ont été enrôlés par le Général Franco, alors commandant en chef des forces armées dans les régions du Maroc sous protectorat espagnol», estime M.Lachakr. Un autre témoignage explique comment ils étaient recrutés. «Chaque "caïd" de l'administration coloniale, en charge d'une tribu, a pour mission obligatoire de recruter le maximum de fiers à bras. Dès les premières semaines, des milliers de Marocains vont être recrutés sur place: 15.000 rien qu'en octobre 1936 et 35.000 dès mars 1937.»

Franco: «Vous retournerez dans vos villages avec des chaussons en or!»
Il faut dire que pour les habitants du Rif, la région sous contrôle espagnole, la période est difficile. La population est sortie écrasée de la révolte de 1921-1926. La rébellion menée par Abdelkrim est vaincue par une alliance militaire réunissant militaires français et espagnols, ces derniers menés par un certain... Franco.






Dix ans plus tard, la misère qui règne dans ce Rif, sous contrôle espagnol, a été le meilleur agent recruteur pour les putschistes espagnols qui veulent renverser la République. «Résultat, il n'a pas été difficile pour les sergents recruteur de Franco de disposer de la chair à canon prête à l'emploi pour deux mois de salaire payés d'avance, quatre kilos de sucre, une boîte de pétrole de deux litres et une quantité de pain chaque jour en fonction du nombre d'enfants.» Franco leur aurait promis: «Vous retournerez dans vos villages avec des chaussons en or!»




Les troupes coloniales, les «regulares», ont été le fer de lance de l'armée nationaliste. Chair à canon de Franco, ils ont été le symbole des exactions commises par l'armée de Franco contre les Républicains. Leur présence est même immortalisée dans la chanson symbole de la guerre civile, Ay Carmela, dont les paroles appellent à «lutter contre les Maures, les mercenaires et les fascistes». 80 ans après, il ne reste plus rien, ou presque, de ces soldats perdus dans une guerre qui n'était pas la leur. Seuls quelques cimetières abritent anonymement les corps des quelque 20.000 «maures de Franco» tombés en terre espagnole. 

«Les perdants»
A la fin de la guerre civile, les soldats venus du Maroc ont dû regagner leur région avec une pension de «5 euros par mois», selon le mot de Driss Delback, réalisateur espagnol qui a fait un film sur ces combattants. Franco a gardé quelques hommes pour former sa garde à cheval que l'on voit parader autour de sa voiture officielle lors des visites d'Etat. Les familles des soldats rifains morts n'ont pas droit aux pensions des soldats espagnols morts pendant la guerre civile. 




En 1965, la loi donne une réalité à leur existence: «L'Espagne ne peut pas oublier la performance exceptionnelle (du personnel marocain) dans les campagnes d'Afrique et de la guerre de libération. Par conséquent, il a été étudié la façon de résoudre définitivement la situation de ces employés, maintenant citoyen d'un pays ami», dit le texte qui instaure une sorte d'indemnisation pour ces combattants. Hélas, «la générosité traditionnelle de l'Etat espagnol», comme dit le texte, a ses limites. Des limites vite atteintes... Les sommes prévues dans la loi n'ont pas été actualisées sauf pour ceux qui ont été en justice.

Sunday, May 10, 2020

NOUVELLE DICTATURE.

Dès maintenant, tout est en place pour une dictature conduite par les banques et les multinationales. Les graves violations des droits humains sont orchestrees pour etendre le pouvoir des banques et de l'argent : bientot la déchéance de la nationalité, enfermement sans inculpation, et autres cartes blanches données à l’appareil répressif contre tous les citoyens, sauf pour les vrais criminels qui seront couvert par l'etat lui-meme !! Le cauchemard se met tranquillement en place....Les politiques sont des pantins manipules par des loges, des groupes d'influences, les vendeurs d'armes et de produits pharmaceutiques !!!! Ouvrez les yeux !!!!