Since 1977

Since 1977, I have written more than 300 000 kilometers of words, that is to say put end to end, one way trip from Earth to the Moon. Or a second to light for this trip. A second light words in 30 years, some 3 billion signs.

Wednesday, May 20, 2020

Guerre d'Espagne: les soldats «marocains» de Franco

Guerre d'Espagne: les  soldats «marocains» de Franco !


Il a fallu attendre 1965 pour que la loi fasse entrer dans le budget espagnol cette page peu glorieuse de l'histoire espagnole. Ce texte rend en partie (très faiblement) justice aux hommes (voire parfois aux enfants) recrutés par les putschistes espagnols pour combattre la République en 1936. 

Lorsque le général Franco fait son putsch, il est en Afrique, dans les colonies que l'Espagne possède en terre marocaine. Il manque d'hommes et de moyens pour se lancer à la conquête de l'Espagne. Il va donc enrôler des habitants du Rif, la région occupée par l'Espagne.

Plus de 60.000 soldats venus du Rif 
Ce sont ces hommes encadrés par des officiers espagnols qui vont être envoyés sur le sol espagnol dès juillet 1936, grâce notamment aux moyens aériens fournis par Hitler et Mussolini. «Les historiens sont d’accord pour affirmer que Franco n’aurait jamais réussi à instaurer sa dictature s’il n’avait pas reçu un coup de main précieux des «moros», pour écraser les «rouges» et autres républicains. Les troupes marocaines ont non seulement été utilisées comme chair à canon, mais aussi comme une arme psychologique contre les Espagnols qui refusaient de faire allégeance à l’armée de Franco», témoigne Mhamed Lachkar, le petit-fils d'un de ces hommes.




Combien étaient-ils à quitter leur Maroc natal pour aller combattre la République? «Tout ce dont les historiens sont relativement sûrs aujourd’hui, c’est que près de 62.000 Marocains (certains historiens parlent de 180.000, voire de 800.000) ont été enrôlés par le Général Franco, alors commandant en chef des forces armées dans les régions du Maroc sous protectorat espagnol», estime M.Lachakr. Un autre témoignage explique comment ils étaient recrutés. «Chaque "caïd" de l'administration coloniale, en charge d'une tribu, a pour mission obligatoire de recruter le maximum de fiers à bras. Dès les premières semaines, des milliers de Marocains vont être recrutés sur place: 15.000 rien qu'en octobre 1936 et 35.000 dès mars 1937.»

Franco: «Vous retournerez dans vos villages avec des chaussons en or!»
Il faut dire que pour les habitants du Rif, la région sous contrôle espagnole, la période est difficile. La population est sortie écrasée de la révolte de 1921-1926. La rébellion menée par Abdelkrim est vaincue par une alliance militaire réunissant militaires français et espagnols, ces derniers menés par un certain... Franco.






Dix ans plus tard, la misère qui règne dans ce Rif, sous contrôle espagnol, a été le meilleur agent recruteur pour les putschistes espagnols qui veulent renverser la République. «Résultat, il n'a pas été difficile pour les sergents recruteur de Franco de disposer de la chair à canon prête à l'emploi pour deux mois de salaire payés d'avance, quatre kilos de sucre, une boîte de pétrole de deux litres et une quantité de pain chaque jour en fonction du nombre d'enfants.» Franco leur aurait promis: «Vous retournerez dans vos villages avec des chaussons en or!»




Les troupes coloniales, les «regulares», ont été le fer de lance de l'armée nationaliste. Chair à canon de Franco, ils ont été le symbole des exactions commises par l'armée de Franco contre les Républicains. Leur présence est même immortalisée dans la chanson symbole de la guerre civile, Ay Carmela, dont les paroles appellent à «lutter contre les Maures, les mercenaires et les fascistes». 80 ans après, il ne reste plus rien, ou presque, de ces soldats perdus dans une guerre qui n'était pas la leur. Seuls quelques cimetières abritent anonymement les corps des quelque 20.000 «maures de Franco» tombés en terre espagnole. 

«Les perdants»
A la fin de la guerre civile, les soldats venus du Maroc ont dû regagner leur région avec une pension de «5 euros par mois», selon le mot de Driss Delback, réalisateur espagnol qui a fait un film sur ces combattants. Franco a gardé quelques hommes pour former sa garde à cheval que l'on voit parader autour de sa voiture officielle lors des visites d'Etat. Les familles des soldats rifains morts n'ont pas droit aux pensions des soldats espagnols morts pendant la guerre civile. 




En 1965, la loi donne une réalité à leur existence: «L'Espagne ne peut pas oublier la performance exceptionnelle (du personnel marocain) dans les campagnes d'Afrique et de la guerre de libération. Par conséquent, il a été étudié la façon de résoudre définitivement la situation de ces employés, maintenant citoyen d'un pays ami», dit le texte qui instaure une sorte d'indemnisation pour ces combattants. Hélas, «la générosité traditionnelle de l'Etat espagnol», comme dit le texte, a ses limites. Des limites vite atteintes... Les sommes prévues dans la loi n'ont pas été actualisées sauf pour ceux qui ont été en justice.

Sunday, May 10, 2020

NOUVELLE DICTATURE.

Dès maintenant, tout est en place pour une dictature conduite par les banques et les multinationales. Les graves violations des droits humains sont orchestrees pour etendre le pouvoir des banques et de l'argent : bientot la déchéance de la nationalité, enfermement sans inculpation, et autres cartes blanches données à l’appareil répressif contre tous les citoyens, sauf pour les vrais criminels qui seront couvert par l'etat lui-meme !! Le cauchemard se met tranquillement en place....Les politiques sont des pantins manipules par des loges, des groupes d'influences, les vendeurs d'armes et de produits pharmaceutiques !!!! Ouvrez les yeux !!!!


Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, les preneurs d’âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, ou, comme dit Virilio, d’administrer et d’organiser nos petites terreurs intimes. La longue plainte universelle qu’est la vie … On a beau dire « dansons », on est pas bien gai. On a beau dire « quel malheur la mort », il aurait fallu vivre pour avoir quelque chose à perdre. Les malades, de l’âme autant que du corps, ne nous lâcheront pas, vampires, tant qu’ils ne nous auront pas communiqué leur névrose et leur angoisse, leur castration bien-aimée, le ressentiment contre la vie, l’immonde contagion. Tout est affaire de sang. Ce n’est pas facile d’être un homme libre : fuir la peste, organiser les rencontres, augmenter la puissance d’agir, s’affecter de joie, multiplier les affects qui expriment un maximum d’affirmation. Faire du corps une puissance qui ne se réduit pas à l’organisme, faire de la pensée une puissance qui ne se réduit pas à la conscience."

Gilles Deleuze - Dialogues avec Claire Parnet

Sur la page de Nomade Urbain



Monday, July 22, 2019

Quem Foi Ana Kucinski ?

QUEM FOI ANA KUCINSKI?

Judia, Ana foi uma professora e militante da Aliança Libertadora Nacional (ALN), organização que combateu a ditadura militar brasileira, dada como desaparecida aos 32 anos, desde 1974. Ela saiu do trabalho na universidade para encontrar-se com o marido para um almoço na Praça da República, no centro da cidade de São Paulo, em comemoração aos quatro anos de casamento. Os dois nunca mais foram vistos.

As primeiras pistas sobre o destino do casal só começaram a vir a público décadas depois, com a redemocratização do país. Em 1993, o ex-cabo do exército José Rodrigues Gonçalves, numa entrevista à revista Veja que nunca foi publicada, declarou que Ana e seu marido foram presos pela equipe de um dos mais famosos agentes da repressão da época, o delegado paulista Sérgio Paranhos Fleury, e entregues aos militares, que os levaram para a Casa da Morte, um centro clandestino de torturas e assassinatos dos exército na cidade de Petrópolis, Rio de Janeiro, onde foram interrogados, torturados e executados. A passagem de Ana e seu marido pela Casa da Morte também viria a ser assinalada anos depois por outras fontes militares.

Em 2012, o ex-delegado e torturador confesso Cláudio Guerra, em depoimento aos jornalistas Marcelo Netto e Rogério Medeiros para o livro Memórias de uma Guerra Suja, afirmou que os corpos de Ana Kucinski e seu marido foram incinerados no forno da Usina Cambahyba, no Rio de Janeiro, junto com o de outros presos políticos assassinados. O corpo de Ana tinha "marcas de mordidas, talvez por ter sido assaltada sexualmente" e o de Wilson "não tinha unhas na mão direita".

Em memória à Ana, e outras muitas vidas, judias e não-judias, tiradas de forma covarde num período de censura, perseguição aos que pensavam diferente, de total medo e defendido pelo candidato na qual lutamos contra sua ascenção no poder, dizemos #EleNão.

Biografia de Ana Rosa Kucinski gravado pela atriz Fernanda Azevedo.
Produzido pela TV Assembleia 

Wednesday, July 17, 2019

Dernieres nouvelles des territoires non conquis

Dernieres nouvelles des territoires non conquis.Les territoires oublies de la pensee, les bidons-villes de la conscience, les slums de la memoire. Nous sommes ici en enfer et au paradis au meme moment, le meme jour au meme instant.Nous allons nous reapproprier ces territoires abandonnes, puisque l'economie de marche nous y pousse!
Plus l'ennemi est grand, plus il est fragile...aujourd'hui nous sommes deja demain, profitons de ces nouveaux territoires que nous empruntons a nos enfants.

Dernieres nouvelles des territoires oublies et quelques notions de survie en regle. En effet nous avons remarques a quel point d'abandon intellectuel sont verses les nouveaux empires du monde. Il n'y a jamais eut dans l'histoire une aussi gigantesque dictature Ubuesque, une aussi grande ignorance, une autant incommensurable farce par le dictat de la marchandise !
Bref, les territoires abandonnes par la marchandise sont a reconquerir. C'est ce que font quelques etres humains qui ont conserves un peu d'intelligence, il reste encore quelques niches cachees.
Dans un grand espoir creatif, je suis a la construction de ces espaces entre deux chaises, les espaces tombes en desuetude, comme la place neante laissee par certaines encyclopedies sur des etageres laissees vides.
Reconquerir l'espace de l'etagere, l'espace vacant et inhabituel, avec le rire et l'effet de surprise pour outil.
Les livres continuent de voyager comme les cartes postales, aussi voici un livre pour vous, pour vous souvenir. Plus l'espace de l'immediat et de l'ignorance grandit plus la memoire des temps s'amenuise, plus l'espace du savoir se concentre la ou la poesie reste eternelle.
bon vent.






Ultime notizie dei territori non conquistati: i territori dimenticati del pensiero, le città-baraccopoli della coscienza, i bassifondi della memoria. Siamo qui all'inferno e nel paradiso allo stesso tempo, lo stesso giorno alla stessa ora. Riproprieremo questi territori abbandonati, dal momento che l'economia di mercato ci spinge là!
Più grande è il nemico, più fragile è ... oggi siamo già domani, approfittando di questi nuovi territori che prendiamo in prestito dai nostri figli.
Ultime notizie dei territori dimenticati e alcune nozioni di sopravvivenza in regola. Effettivamente abbiamo osservazioni su quale punto dell'abbandono intellettuale vengono versati i nuovi imperi del mondo. Non c'è mai stata nella storia una così gigantesca dittatura Ubasica, così grande ignoranza, così incommensurabile, una farsa dai dettami della merce!
In breve, i territori abbandonati dai beni devono riconquistare. Questo è ciò che fanno alcuni esseri umani che mantengono un po 'di intelligenza, ci sono ancora alcune nicchie nascoste.
In una grande speranza creativa, sono alla costruzione di questi spazi tra due sedie, le tombe degli spazi in obsoleto, come il nantes posto lasciato da certe enciclopedie sugli scaffali vuoti a sinistra.
Riconfigurare lo spazio della mensola, lo spazio libero e insolito, con risate e l'effetto di sorpresa per lo strumento.
I libri continuano a viaggiare come cartoline, quindi ecco un libro da ricordare. Più lo spazio di immediatezza e ignoranza cresce e più il ricordo del tempo diminuisce, più lo spazio della conoscenza si concentra dove la poesia rimane eterna.
Baci e buon vento.
Jacques Fhima e tutta la famiglia.

Monday, September 24, 2018

Les Freres Kaufman en 1929: Entre Nice et Odessa.

Les Freres Kaufman en 1929: Entre Nice et Odessa.




Hâtons-nous de faire les présentations. Dziga Vertov est né en 1896, Boris Kaufman en 1897. Ils sont frères et cinéastes. L’ainé réalisera des films qui mettent en pratique sa théorie du Kinoglaz. Le cadet voyagera en Europe avant d’arriver en France où il rencontrera Jean Vigo, avec qui il réalisera A Propos de Nice en 1929. Au même moment, Vertov signe L’Homme à la caméra en Ukraine. Les deux films sont une manifestation du point de vue, en ce sens que Vertov présente la caméra comme une être animé, vivant, capable de réfléchir le réel , alors que le film de Kaufman et Vigo est décrit comme un point de vue documenté par ce dernier . Il n’est pas question ici de jouer le réel, mais de le capter et de le transmettre. Malheureusement, à cette époque, le cinéma et la caméra sont déjà bien reconnaissables entre Nice et Odessa. La vérité pourrait à priori transparaître entre le moment où l’opérateur enclenche sa caméra et celui où la personne filmée se rend compte qu’elle est dans le champ. Mais chez Vertov, la vérité n’est pas dans l’ignorance. Le contact entre une personne qui se sait filmée et une caméra (évidemment portée par un kinok ) n’est pas systématiquement synonyme de paraître, de fausseté, de jeu du sujet filmé. Pour Vigo et Kaufman, au contraire, dès lors qu’une personne se sait filmée, la coupe est nécessaire, pour préserver au mieux la vérité du plan .
Les trois cinéastes cherchent donc à dire cinématographiquement leur monde. Alors que Murnau cherchait à créer en 1924 un film qui serait compréhensible pour les analphabètes (Le Dernier des Hommes se veut sans intertitres), et que le parlant arrive progressivement en Europe , Vigo et les frères Kaufman réalisent des poèmes filmiques par leur sens du montage et leurs choix des terrains filmés. Nulle réponse à la banale question « Cherchent-ils à rendre compte du réel ? » tant les différences de registres sont importantes et brutales. Le « oui » serait une réponse satisfaisante mais incomplète, car ce qui intéresse les trois cinéastes, c’est leur message, qui exprime leur vérité, quitte à passer par des sentiers poétiques.

Rendre compte du réel

Lorsque Jean Vigo explique sa démarche dans son discours Vers un cinéma social, il avance la notion de point de vue documenté ; pour lui, le personnage aura été surpris par l’appareil. Cette intention est commune à Dziga Vertov, bien qu’elle relève ici une différence notable. Si Vigo et Kaufman coupent le plan dès lors que la personne filmée s’en rend compte, pour Vertov, ce n’est que le commencement de sa démarche. Vertov n’a pas peur de la mise en abyme du cinéma ; mieux, il s’en sert pour illustrer la théorie de son film. Ainsi, l’appareil cinématographique « montre le monde comme seul » il peut « le voir ». Cette expérience plus ludique que celle de son frère est également un formidable témoignage de l’approche, du regard que nous portons sur une caméra : tantôt un regard amusé (le sans-abri qui se réveille et qui, surpris par la caméra, rit, ou encore la dame sur la calèche qui mime le mouvement de rotation de la manivelle), tantôt un regard de gêne et de dégoût pour le voyeurisme supposé de la caméra (la femme dormant sur un banc et qui se réveille en partant très vite).
Il est bien entendu qu’un homme marchant dans une foule en actionnant la manivelle d’une caméra ne passera pas inaperçu. Il refuse de se fondre dans la masse en s’en démarquant, mais que peut-on dire de cette même personne si elle souhaite rendre compte de cette masse dans sa vérité la plus pure ? Tout comme son grand frère à Odessa, Kaufman arpente un trottoir bondé de Nice avec sa caméra, et les réactions ne sont pas forcément les mêmes. Le naturel est là, mais il est ailleurs. En effet, si Kaufman avait uniquement souhaité réaliser un film qui rendrait compte de la vérité des Niçois, d’une part, le film serait raté, et d’autre part, il serait considéré comme prétentieux. Mais à partir du moment où une caméra est placée dans une rue alors que la rue ne s’y attend pas, la surprise est vraie, naturelle, donc réelle. L’émotion d’une surprise est intacte, imprimée à jamais par la caméra. En témoignent celles du premier plan de foule du film, avec l’homme à gauche, à lunettes, qui aussitôt le fondu enchaîné terminé, recule de deux pas en espérant peut-être ne pas être dans le champ, et le plan suivant avec les trois femmes âgées à ombrelle, qui ralentissent considérablement la cadence de leur pas par rapport à la foule avant de s’écarter. Vigo et Kaufman ne manquent d’ailleurs pas d’humour dans leur démarche radicale qui consiste à effectuer une coupe dès lors qu’un regard se fait trop insistant et qu’il pourrait nuire à la valeur « document » de leurs plans : puisque les Niçois changent d’attitude dès qu’ils se sentent filmés, il faut donc filmer des animaux, puisqu’ils ne peuvent avoir conscience d’être enregistrés. D’où deux plans : l’un sur un chien, l’autre sur une autruche.
Pour accéder à la vérité pure, Vertov n’hésite pas à filmer des cas extrêmes où la présence d’une caméra ne peut en aucun cas conclure à un travestissement des émotions, à la corruption du réel : il filme ainsi une naissance, un mort dans son cercueil, un mariage. Quand l’événement est extra-ordinaire, une caméra ne peut en aucun cas agir sur le regard qu’une jeune mère porte sur son bébé. Ce compte-rendu du réel a pourtant une limite, considérable dans L’Homme à la caméra. Bien que l’immersion soit paradoxalement plus réussie que dans le film de son frère, Vertov alterne constamment les points de vue, ce que Kaufman ne fait qu’une seule fois dans son film et dans une visée explicative . Vertov montre ce que l’opérateur a filmé, mais surtout cet homme à la caméra, son voyage à travers la ville. Inconsciemment, le spectateur estime que ce qui est filmé l’est par cette caméra, et s’immerge donc totalement dans Odessa en oubliant la seconde, celle qui filme quelqu’un entrain de filmer. Il faut ainsi montrer une caméra pour que l’autre devienne invisible. Il y a donc une ambiguïté lorsque Vertov annonce dans le générique : « Sans recours au théâtre (le film n’a pas de décor, pas d’acteurs etc.) » Ces trois petites lettres finales « etc. » recèlent donc beaucoup plus que l’on ne pourrait l’imaginer à première vue, et ce, pour les deux films. Elles ouvrent la porte à un détournement du réel, pour y revenir avec un message, un discours énoncé par les auteurs des films.

Détours poétiques

Les deux films s’ouvrent sur le motif de l’éclatement. Feux d’artifices pour A Propos de Nice, lumière du projecteur pour L’Homme à la caméra. Le tandem Vigo / Kaufman et Dziga Vertov annoncent ici un éclatement futur, une floraison poétique de leur matière filmique. Dans leur description d’une ville, les films accumulent certains points communs de manière troublante.
Ce qui frappe en premier lieu est la manière de présenter les êtres. Chez Vertov, cela se traduit par une personnification d’Odessa, en filmant le sommeil d’une femme pendant que la ville est aux aurores, son réveil et l’accélération d’un train, son lavage et le nettoyage de la ville… Vigo et Kaufman réduisent quant à eux les Niçois à deux jouets pour dénoncer le peu d’importance qu’ils occupent. Ils attendent un train mais n’auront pas le temps de le prendre en marche et se transformeront alors en jetons sur une table de casino. Les moyens entrepris sont évidemment factices, mais ils dépeignent une situation bien réelle, en la rendant moins brutale par l’humour et la poésie du montage. 
La femme, qui pourrait s’appeler Odessa, est représentée, par un montage parallèle, comme une personnification de la ville mais aussi comme son incarnation. Ainsi, à un plan présentant le bras replié de la dormeuse répond un autre plan, où la voiture qui conduit l’opérateur vers les voies ferrés de la ville emprunte une rue qui a la même forme que la bras vu juste avant. Ce raccord élégant parce que non enchaîné par un fondu, a le mérite de ne pas être démonstratif et de laisser le spectateur libre d’effectuer la connexion entre les formes angulaires présentées. Vertov filme aussi un jouet de cycliste mécanisé, derrière une vitre, avant de montrer un cycliste de chair et de sang, en pleine rue. La fusion de vie qui s’opère entre êtres inanimés et vivants est inquiétante, presque dérangeante, car ce ne sont pas les jouets qui sont humanisés, mais les humains qui sont mécanisés. L’Homme se confond avec les machines qu’il utilise, puisque la ville est au travail, courageuse, dynamique, compétente. Si Vertov filme l’éveil d’Odessa, son frère Boris filme quant à lui, à Nice, une ville en plein sommeil, qui s’est endormie sur son prestige aujourd’hui craquelé. Les deux villes sont nettoyées (autre motif récurrent), mais pour des raisons différentes. Le nettoyage des rues d’Odessa suppose des travailleurs pour les parcourir, alors que celui de Nice n’a pour seul but que de faire briller la ville. Nice n’est plus depuis bien longtemps, elle ne fait que paraître. Vigo et Kaufman veulent la dévêtir, comme ils le feront avec une femme dans un plan resté célèbre, où des fondus enchaînés présentent successivement une femme habillée différemment avant d’être entièrement nue. La personnification de la ville est aussi présente, bien que moins marquée, puisqu’elle peut apparaître comme un simple caprice érotique. Pour Vigo et Kaufman, il est primordial de quitter cette ville mourante, il faut « prendre son envol » (d’où les plans de l’hydravion), « mettre les voiles » (d’où ceux des bateaux). 
Vigo écrivait dans une lettre datée du 7 Octobre 1930 qu’il souhaitait que le film provoque la nausée, et que les images d’ouvriers et les atmosphères d’usine soient un soulagement.
Tout ce qui reste pur à Nice part irrémédiablement en fumée, ce qui conduit A Propos de Nice à se conclure là où la fumée se voit : à l’usine. En marge du reste du film, la fin illustre la pureté par le sourire des travailleurs, la danse ralentie des femmes. Et si la fumée est sale, elle peut au moins espérer suivre le chemin dessiné par les statues d’anges : le doigt pointé vers le ciel, et ses nuages apaisés.

EARLY MORNING IN BRESCIA



It is about 5 AM on May 12, 1957 along the Viale Rebuffone, a wide street bordering a park in Brescia in northern Italy on which was placed the starting ramp for the Mille Miglia. The last cars to start are waiting in line to ascend the ramp, their race numbers showing their starting times. The Ferrari in this photograph carries number 531 and will be driven by the Spanish Marquis Alfonso de Portago, “Fon” to his friends. He is the man in the center wearing the white helmet with his goggles on it and displaying a rather dour expression. On his left with the multi-colored cloth cap is one of his teammates, the British driver Peter Collins who will pilot a similar Ferrari, number 534. Their Ferraris are the newest and most powerful yet built at Maranello, capable of over 180 mph. Behind and to de Portago’s right is the Amercian actress Louise Cordier, the wife of Peter Collins. This will be the last Mille Miglia.

De Portago was a great sportsman: not only a racing driver but a steeplechase jockey and bobsledder as well. Bob Daley described him, “Portago was tall, with black curly hair worn very long, and almost black eyes. He was unshaven, chain-smoked and dressed all in black. He looked like a pirate, or like one of his famous ancestors, Núñez Cabeza de Vaca, a sixteenth century conquistador whose name and title he still bore.” He was to be accompanied by Edmund “Gurner” Nelson who was, in effect, his “batman” whom he had met in New York some years earlier when Nelson was an elevator operator at the Plaza Hotel.

Collins would have the photographer Louis Klemantaski with him as his navigator. Collins led for much of the race at a pace which would have set a new record, but the transaxle of his car failed at Parma, some 80 miles short of the finish in Brescia. De Portago suffered a tire blowout at about 170 mph on a straight section of road near the small village of Guidizzolo, only a few miles from the finish. His Ferrari shot across the road and knocked down a telephone pole then rolled back across the road and killed nine spectators, including a number of children, before ending up in a water-filled ditch. He and Nelson died instantly. A monument stands today at the site of the accident. Although the Mille Miglia had killed a number of drivers over the years, and some spectators as well, this final accident, especially coming after the Le Mans tragedy two years before, was too much to allow it to continue.

After Peter Collins was killed at the German Grand Prix in 1958, Louise Collins returned to America and continued her career as Louise King. She remains a lovely person and lives in Florida today with her memories of another life.

Photo by Louis Klemantaski ©The Klemantaski Collection